CETTE RUBRIQUE A POUR BUTS DE
RASSEMBLER DES SOURCES OU DE PRESENTER DES ETUDES SUR DES
THEMES AYANT RAPPORT AVEC LES ARMEES EN MARCHE
SOURCES PRIMAIRES
ETUDES
La chaussée (bibliographie "Les Voies romaines" Raymond Chevallier éditions Picard).
Le convoi (P. Rudrauf)
Le réseau routier antique en forêt de Rambouillet (Yvelines)
Intégralité de l'article
rédigé par Gilles Becq, dans la revue "Connaître
les Yvelines" éditée par le conseil général au second trimestre 1989
L'équipement du légionnaire (ou fantassin lourd) dans l'armée romaine en marche (P. Rudrauf)
Avant et pendant la marche, les apports des missions de "renseignements" et des missions "d'éclaireurs" (P. Rudrauf)
"Double victoire à Azincourt" ou la
performance de l'armée Anglaise dans sa marche de seize jours
jusqu'à la bataille - octobre 1415 (P. Rudrauf)
La marche de Jeanne d'Arc de "La Chapelle" à la porte Saint-Honoré, en la journée du 8 septembre 1429 - d'après les études de H. Couget (1925) et E. Eude (1916)
Le port du bouclier en marche -expérimentations (P. Rudrauf)
L'ICONOGRAPHIE DES ARMEES EN MARCHE
REALISATIONS
Une tente de protection individuelle et portable
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SOURCES PRIMAIRES
CICERON (-106 à -43) concernant le paquetage du soldat
Vous voyez que de peine, que de
fatigues dans ces déplacements (...) Le soldat doit porter des
vivres pour plus de quinze jours, porter tout ce qui doit lui servir,
porter un pieu pour la palissade. Le casque, le bouclier,
l'épée, nos soldats ne les comptent pas plus en poids que
leurs épaules, leurs bras, leurs mains -ne dit-on pas que les
armes sont les membres du soldat ?
Représentation
de la légion en marche "avec armes et bagages" - colonne Trajane
érigée en 113 après J.C.
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VEGECE (Vème siècle ?) - traité de l'Art Militaire (traduit par Victor Devalay)
Rédigé apparemment sous l'empereur Valentinien III à sa demande
et dans le but de rassembler les préceptes et pratiques
militaires qui ont fait la force des armées et dont l'usage s'est
progressivement perdu.
Livre 1 chapitre 9 : Pas militaire, course, saut.
""...Au début des exercices vient
l'apprentissage du pas militaire. Rien de plus important, en route ou
en bataille, que de faire observer à tous les soldats une marche
uniforme.
Le seul moyen d'atteindre ce
résultat, c'est de les habituer assidûment à des
promenades où à la vitesse sera jointe la
régularité. Une armée divisée et sans ordre
s'expose à de grands risques de la part de l'ennemi. Au pas
militaire, on fera vingt milles en cinq heures (29 600 mètres),
dans la saison d'été ; mais au pas allongé, qui
est le plus rapide, la distance à parcourir, dans le même
espace de temps, sera de vingt quatre milles (35 520 mètres) ..."".
Livre 1 chapitre 19 : Charge du soldat
""...Porter à dos un poids
d'environ soixante livres, en marchant au pas militaire, doit
être l'exercice fréquent du conscrit qui dans des
expéditions pénibles, sera tenu de se charger de ses
vivres et de ses armes. Ne croyons pas que ce soit là une chose
difficile avec un peu d'usage ; car l'habitude rend tout infiniment
aisé. Jadis nos soldats le faisait couramment""...
Livre 1 chapitre 27 : Promenade militaire.
""...Une vieille coutume,
sanctionnée par les décrets des empereurs Auguste et
Adrien, a voulu que, trois fois par mois, cavaliers et fantassins
fussent dressés à la promenade : c'est le terme qui
désigne ce genre d'exercice. Les fantassins avec armes et
baguages avaient ordre de parcourir, au pas militaire, une distance de
dix milles (14 800 mètres)et de revenir au camp, en ayant soin
de faire à pleine course, une partie du chemin ... Cavaliers et
fantassins n'agissaient pas seulement en plaine, il leur fallait encore
gravir et descendre des pentes escarpées, afin qu'aucun accident
de terrain, aucun obstacle de quelque nature qu'il fût ne vint
surprendre, au moment du combat, des hommes familiarisés
d'avance avec tout ce qui constitue d'excellents soldats""...
Livre 3 chapitre 11 :Précautions a prendre le jour d'une bataille rangée.
""...On se gardera de mettre en ligne, pour
une action générale, des hommes fatigués d'une
longue route et des chevaux exténués par la course. La
lassitude des marches enlève au combattant presque toute son
énergie : que faire quand on accourt sur le terrain haletant ?
Les anciens ont évité cet inconvénient ; mais dans
le siècle dernier, et même de nos jours, des
généraux romains, dont l'impéritie, pour ne pas
dire plus, n'en tint pas compte, on perdu leurs armées. Certes,
les conditions de lutte sont loin d'être égales entre des
troupes abattues, essouflées, ruisselantes de sueur et d'autres
fraiches, vigoureuses, pleine d'élan""...
En résumé :
Ces textes sont extrèmements instructifs. En ce qui concerne le
déplacement des armées, Végèce explique que
des fantassins régulièrement entrainés parcourent
sans grandes difficultés des distances de trente
kilomètres dans la journée ceci avec leur
équipement complet (que l'on peu évaluer à 35
kilogrammes).
Il précise cependant qu'amener au combat ces hommes directement
après la marche serait un erreur mais qu'il faut leur laisser le
temps de la récupération.
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Jean FROISSART (vers 1337 Valenciennes en Hainaut - après 1404) - Chroniques (extrait)
Vers l'âge de 24 ans, Jean-Froissart devient l'historien
officiel à la cour de Philippa de Hainaut (l'épouse
d'Edouard III d'Angleterre) ceci de 1361 à 1369. Il a
écrit quatre livres de chroniques composées entre 1370 et
1400, lesquelles relatent les épisodes de la guerre de 100 ans
(de 1325 à 1400) vus du côté Anglais.
Texte :
""... Vous devés savoir que li seigneur d'Engleterre et li riche
homme menoient sus leurs chars tentes, pavillons, forges, moullins et
fours pour forgier fiers de chevaux et autre cose, pour mieure bled et
pain quire, s'il trouvaissent les forges, les moullins et les fours
brisiés, et pour chou estoffer, il menaient bien VIIIm chars,
tous atellés de IIII fors cevaux qu'il avoeint mis hors
d'Engleterre ; et avoient sus ces kars pluisseurs nacelles et
batelès fais si soutielment de quir boulit, que troy homme se
pooient bien dedens aidier et nagier parmy un escaukt ou un vivier, con
grant qu'il fuist, et celi peschier et laissier hors, si lors plaisoit.
De duoy il eurent grant aise et plenté de poissons en quaremme,
voirs tout li seigneur et gens d'estat, mès les communes gens se
passoient de ce qu'ils trouvoient.
Et avoecq chou, li roys avoit bien pour lui XXX fauconniers à
cheval, chargiés d'oisiaux, et bien LX couples de fors kiens et
otant de lévriers, dont il alloit chacun jour ou en cache ou en
rivière, enssi qu'il li plaisoit.
Et si y avoit pluisseurs des seigneurs et des rices hommes qui avoient
lors chiens et lors oisiaux ossi bien comme li roys, et estoit li grant
host toudis partis en III parties, et chevauçoit chacun hos par
lui.
Et avoit chacune host par lui une lieuwe en sus de l'autre, dont li
prinches de galles en avoit l'un, li dus de Lancastre l'autre, et li
roys le tierche et toutte le plus grant ; et enssi se maintint li
mouvans de callais jusques adont qu'il vint devant Chartres...""
Traduction - P. Rudrauf :
Il faut que vous sachiez que le roi
d'Angleterre et ses barons transportaient sur leurs chariots des
tentes, des pavillons, des forges, des meules et des fours pour forger
les fers des chevaux ou d'autres objets, pour moudre le blé, et
cuire le pain au cas ou les forges, les moulins et les fours qu'ils
rencontreraient sur leur route seraient détruits et hors
d'usage. Et pour tout emporter ils déplacaient grand nombre de
chariots attelés chacun à quatre forts chevaux venus
d'Angleterre ; et ils avaient sur ces chariots plusieurs embarcations
faites si solidement de cuir bouilli, que trois hommes pouvaient se
tenir à l'intérieur et naviguer sur une rivière ou
un lac, aussi grand qu'ils soient, ce qui permettait de pêcher si
on le désirait.
Et c'est ce qu'ils eurent à
apprécier car cela leur procura quantité de poissons en
période de jeune. Les seigneurs, notables et gens simples
profitèrent de ces trouvailles.
Avec cela, le roi avait avec lui
trente fauconniers à cheval, chargés d'oiseaux et bien
soixante couples de forts chiens et autant de lévriers avec
lesquels il allait tous les jours à l'affut ou en
rivière, comme il lui plaisait.
Il y avait plusieurs seigneurs et
riches hommes qui avaient avec eux leurs chiens et leurs oiseaux tout
comme le roi, et le grand convoi de l'armée était reparti
en trois corps évoluant séparément.
Chacun des corps de l'armée
était distant de l'autre de une lieue. Dans l'un
était le prince de Galles, dans l'autre le duc de Lancastre et
dans le troisième et le plus grand était le roi. C'est
ainsi que le convoi s'est déplacé de Calais
jusqu'à son arrivée à Chartres.
A retenir de ce texte :
Il s'agit d'une armée royale du XIVème siècle en
déplacement entre Calais et Chartres. Le convoi est important et
lourdement chargé et il tient à préserver
absolument son autonomie (on part avec des forges, des meules à
moudre, des fours). La présence des embarcations permettant la
pêche est une curiosité.
Le roi et la noblesse d'Angleterre se déplacent avec leurs
chiens et leurs oiseaux de chasse, ce qui semble leur être
indispensable même en campagne militaire. Le convoi et
réparti en trois groupes distants de plus de deux
kilomètres les uns des autres (si il s'agit de lieues
gauloises) ce qui n'est pas choquant (d'autres
exemples connus) car cela facilite la gestion du convoi et la
sécurité notamment.
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ETUDES
La chaussée (bibliographie "Les Voies romaines" Raymond Chevallier éditions Picard).
1 - Les voies pré-romaines
L'existence des pistes ou voies pré-romaines est attestée par :
- les textes classiques (par exemple les commentaires de César sur la Guerre
des gaules avec des vitesses de déplacement qui supposent l'existence de
voies déjà utilisées par les autochtones pour
leurs propres besoins.
- les données archéologiques : voies jalonnées de
sites (oppida, sanctuaires, nécropoles, tumuli,
mégalithes), présence de mobiliers
(cachettes de fondeurs de l'âge du bronze, monnaies,
pièces de harnachement, roues de chars), vestiges de routes fondées sur pieux de bois .
La roue est connue en Mésopotamie dès - 3 000 et apparaît dans la vallée du danube vers - 2 000.
Les routes pré-romaines comportent des réseaux locaux et
secondaires qui deservent des habitats puis se rejoignent. On constate
que les pistes Celtiques sont volontiers sinueuses, encaissées
et étroites.
Il existe également des itinéraires "à grande
distance" pour le commerce de produits précieux sous un faible
volume, tels que silex ou ambre dès le paléolithique moyen
ou les minerais (routes du cuivre et de l'étain) ou le sel.
En Grande-Bretagne, a été repéré une chemin
néolithique consolidé par des claies de bois
datées de 4 000 ans avant J.C.
En gaule des voies protohistoriques ont été
repérées en Picardie, dans la vallée de la Loire,
dans le Morvan, en Vendée, en Limousin, en Basse-Auvergne, en
Languedoc, dans le Gard, dans les Alpes.
De même en espagne, en Italie ou sur le pourtour méditerranéen.
2 - Les voies Romaines
- la hierarchie des voies
Selon le texte de Siculus Flaccus, arpenteur du 1er siècle après J.C. ; il y a trois types de voies :
- il y a les
voies publiques,
construites au frais de l'état, qui portent les noms de
ceux qui les ont tracées.
Ces routes sont sous la
surveillance des curateurs qui les font construire par des
entrepreneurs. Pour la construction de certaines
d'entre elles, on exige aussi une somme fixe de la part des
propriétaires de la région.
- il y a les
voies vicinales,
qui s'embranchent sur la grande route (la voie publique) et qui
conduisent à travers la campagne et souvent aboutissent elles
mêmes à d'autres voies publiques. Elles sont construites
et entretenues par les magistri des
pagi qui assignent à chaque propriétaire le soin
d'entretenir la portion de voie qui traverse son domaine.
L'accès à ces deux types de chemins est libre.
- il y a enfin des chemins traversant des domaines particuliers dont
l'accès est réservé à ceux qui en ont
besoin pour parvenir à leurs champs. Ces chemins partent des
voies vicinales ou s'embranchent sur des voies appartenant en commun a
deux propriétaires qui se sont entendus pour les entrenir
à frais communs.
De fait, les voies publiques, les chemins vicinaux et les chemins
privés constituent des limites de propriétés,
forment un cadastre avec parcellaire que nous pouvons souvent
reconnaitre encore aujourd'hui.
Il existait une "Police de la Route". Des unités militaires assurent la surveillance des trafics.
Des forces permanentes sont stationnées dans des postes ou tours
de guet aux carrefours, près des gués, des points d'eau.
On connait grand nombre de ces postes localisés par des inscriptions funéraires.
- la structure des voies
La largeur des voies varie avec leur hierarchie mais pas uniquement.
Les voies romaines sont volontiers rectilignes et ceci parfois sur des dizaines de kilomètres.
Le tracé d'une voie commence par le creusement d'un fossé
dont la profondeur varie en fonction du terrain car on cherche à
atteindre un sous-sol solide.
Extrait
de la revue "Connaître les Yvelines" éditée
par le conseil général - 2ème trimestre 1989
Ce relief négatif est compensé par une succession de
couches disposées généralement de la
manière suivante :
- La couche de base est un radier de grosses pierres posées
à plat dont la fonction est d'établir une assise solide
et d'assurer le drainage des eaux de ruissellement. Ce radier
est contenu par de grosses et longues pierres de marge, très
bien calées. Ces Umbones (pierres saillantes) en roche dure
peuvent être reliées par des traverses.
Ce sont probablement ces aménagements qui ont donnés l'image et le terme de
"chaussée".
- Au dessus du radier, une couche de terre servait à égaliser la surface.
- Pour finir, suivait un rudus de cailloux concassés sur place,
calibrés et damés ; puis sablés et
compactés.
L'entretien et la refection consistaient à recharger
régulièrement la voie ce qui a créé une
stratigraphie. Une voie découverte en 1839 à Paris,
à la hauteur de la rue des Mathurins comportait huit couches
superposées sur deux mètres de haut.
L'image de la voie dallée ne doit pas induire en erreur car le pavage n'est de rigueur qu'en ville.
En général ont se satisfait de réaliser une
surface régulière, compacte, homogène, solide et
fonctionnelle de pierraille damée présentant un bombement
central servant à l'évacuation des eaux de pluie et au
partage du trafic.
Un revêtement particulier peut être fait de rangs de
pierres disposées en oblique à 45 degrés par
rapport à l'axe de la route afin de mieux résister au
déchaussement.
Sauf dans les secteurs dalés, la voie romaine était
poussièreuse mais poreuse et ne retenait pas l'eau de pluie ce
qui la rendait en général ouverte à la circulation
en toute saison.
La largeur des voies varie avec leur classement et était
fixée par des règlements administratifs, mais dans les
faits variait dans le temps et l'espace le long d'un même
itinéraire.
Sont plus larges : les secteurs les plus fréquentés, les
tournants (pour faciliter les manoeuvres des chars en l'absence d'avant
train pivotant), les aires aménagées pour les croisements.
En bordure de voie, à côté de la bande de
roulement centrale, la voie peut être bordée de
trottoirs et de pistes sableuses réservées aux cavaliers
et aux troupeaux.
Voie romaine sur le site de Jouars-Ponchartrain Diodurum dans les Yvelines
Photographie Sylvie Rudrauf 2005
- les abords de la voie
Il a été démontré l'existence de plusieurs types de fossés.
- des fossés de drainage (largeur 1,10 à 1,70
mètres). La présende de tels fossés n'est pas
constante mais en rapport avec la nature du terrain
traversé.
- des fossés dits de limites, situés à une
vingtaine de mètres de part et d'autre. Peut être en
protection contre les embuscades ou bien pour matérialiser
l'emprise publique avec interdiction de cultiver, planter, bâtir
afin de limiter les risques
d'empiètement (tout comme à notre époque).
- le bornage des voies
Les voies étaient bordées par des bornes en pierres appelées bornes milliaires.
Leur nom vient de celui du mille qui sert à jallonner les voies
(soit mille pas romains ou 1 478,50 mètre. Le double pas
(passus) était en effet égal à 1,48 mètre
(soit 5 pieds ou 1/2 perche).
Ces bornes se présentent comme des colonnes cylindriques ou
ovalisées, parfois parallélépipédiques, de
calcaire, grès, granit ou basalte dont la base est cubique et en
saillie afin de permettre un enracinement plus solide et dont la
hauteur varie entre deux et quatre mètres. Le
diamètre varie de 0,5 à 0,8 mètre (les
diamètres les plus petits semblant les plus tardifs).
La lieue qui correspond à un mille et demi fut
officialisée sous Caracalla (188-217). Son emploi est conforme à la
mesure locale dans les pays "romanisés" comme le nord de la
Gaule et a survécu au Moyen-Age.
Chétien de Troyes (1135-1183) parle d'une "lieue Galesche" (Gallisca - Gauloise).
Le plus ancien milliaire connu date de 252 avant J.C.
Nombreux poteaux indicateurs étaient en bois et à
côté des bornes officielles il en existait des
privées.
Les mentions habituelles figurant sur les bornes milliaires sont :
- le nom du constructeur ou du restaurateur de la route (souvent un empereur ou un gouverneur de province).
- la distance entre le lieu ou la borne est implantée (lequel
n'est jamais mentioné) et le lieu de départ ou
d'arrivée de la voie (le centre ville, le forum ou
bien une porte).
Un certain nombre de milliaires sont parvenues jusqu'à notre
époque, certaines encore en lieu et place, d'autres
réutilisées ou déplacées.
Lors de la christianisation, ces bornages seront souvent remplacés par des croix, des oratoires ou des chapelles.
- les ouvrages d'art
Les ponts
Avant la construction des ponts, puis de façon concurrente ; on
a utilisé des bacs manoeuvrés à la rame ou
à la draille.
Les gués naturels se situent aux endroits de moindre profondeur,
avec accès par un plan incliné et passage en biais pour
lutter contre le courant.
La plupart des gués ont été aménagés
à l'aide de troncs d'arbres, de pierres puis à
l'époque romaine de dalles ou briques.
Les ponts doublent souvent les gués sans les remplacer.
C'est ainsi qu'à Limoges (Augustoritum, le gué
d'Auguste), un gué gaulois a été doublé
d'un gué romain à 700 mètres où l'on a
découvert (en 1964) des pieux reliés par des madriers
horizontaux. Ce second gué fut lui même relayé par
un pont ruiné en 1182 et reconstruit au 18ème
siècle.
Petit gué et pont attenant à Montchauvet dans les Yvelines
Photographie Sylvie Rudrauf 2003
Les ponts comptent parmi les monuments romains les plus célèbres.
460 ponts sont conservés ou attestés en Italie, 72 en Gaule, 142 en Espagne et 29 en Grande-Bretagne.
Il apparait que les méthodes de construction ont
été très différentes dans le temps et dans
l'espace.
En pays méditerranéen, l'été, dans le lit
à sec on pouvait édifier les piles directement sur le
fond.
Dans le cas de cours d'eau pérennes, les piles étaient
montées sur pilotis et poutrages et nous connaissons l'existence
d'ouvriers plongeurs (Vitruve 1er siècle avant J.C.).
Dans ce domaine comme dans d'autres, Rome s'est inspirée des connaissances antérieures (Etrusques et Grecques).
Les ponts ont un rôle fonctionnel évident mais
permettaient également d'exalter la puissance de Rome et la
gloire des empereurs (sculptures, colonnes, arcs, inscriptions).
Généralement construits avec un soin extrème,
entretenus et fortifiés parce qu'ils permettaient de lever des
péages en des points de passage obligés ; les ponts
romains ont longtemps survécu, au moins jusqu'au Moyen-Age et on
retrouve leurs traces dans les textes.
Beaucoup de ponts antiques n'ont été
remplacés qu'au 18ème siècle à la suite des
modifications imposées au régime fluvial par les grands
travaux.
Bien que sur des itinéraires antiques, de nombreux ponts dits "romains" sont médiévaux.
Au Moyen-Age l'architecture des voutes et les systèmes d'attelage connaitrons des progrès.
On reconnaitra donc les ponts médiévaux par leur
technique de construction : ils sont surhaussés sur des arches
en plein-cintre ou en arc brisé, la chaussée et
étroite, le passage parfois gardé par des tours donnant
lieu au prélèvement d'un péage.
Les tunnels
Les tunnels routiers antiques sont impréssionants et la encore
les romains ont perfectionné des techniques Etrusques et
Grecques permettant à deux équipes travaillant à
partir des extrémités d'une galerie de se rejoindre avec
précision.
Certains tunnels atteignent plus de 700 mètres de long, sont munis de puits de lumière et d'aérations.
- les stations relais
Aux abords des voies et judicieusement réparties, existaient des
stations relais comme les mansiones qui étaient des
établissements permanents destinés a herberger les
voyageurs ou bien les mutationes, relais destinés au changement
d'équipage des chariots et cavaliers.
Les mutationes étaient en moyenne répartis tous les neuf
milles (13 kilomètres) et les mansiones tous les vingt milles
(soit 30 kilomètres).
La structure d'une mansio comporte en principe plusieurs secteurs de fonctions différentes souvent dans un enclos :
- une grande cour à portiques et large entrée pour les véhicules et avec un abreuvoir.
- des écuries et étables (40 chevaux sont cités dans les textes).
- des alignements de chambrettes pour les voyageurs.
- une taverne.
- des thermes munis d'un bon système hydraulique.
- un habitat voisin pour les services (atelier de forge, boutiques, entrepôts).
- éventuellement d'un édifice administratif (douane),
d'un établissement médical, d'un sanctuaire, d'une
nécropole.
De nombreuses stations ont été identifiées
notamment à Jublains, à Thésée ou à
Ambrussum sur la Via Domitia.
3 - Les voies post-Romaines
Nombre de voies , qu'elles soient publiques,
viccinales ou privées ; ont continué à servir aux
déplacements humains durant les siècles suivant la
disparition de l'empire romain.
Elles ont subsisté pour satisfaire les besoins de commerce, le
déplacement des armées ou des besoins nouveaux tels que
les pélerinages.
Leur subsistance dépendait bien sûr de la capacité à les entretenir.
On sait que des voies antiques étaient toujours
fréquentées au Moyen-Age car jalonnées par des
églises, des châteaux, des sanctuaires, ou des tours
édifiées dans le but de prélever des péages.
Le contexte féodal avec l'émiettement de
l'autorité administrative n'a pas été favorable
à la création de nouvelles voies et le plus souvent, le
réseau mediéval sera la réadaptation de
tronçons anciens.
Les itinéraires reconnus comme médiévaux ne sont pas rectilignes, sont encaissés et étroits.
Aujourd'hui, de nombreux tronçons ont été repris
par nos routes nationales ou autoroutes. Certaines voies servent encore
en milieu rural pour joindre les champs, d'autres sont cachées
sous la végétation ou en forêts, d'autres
encore sont sous les champs cultivés et apparaissent à
l'aide de la photographie aérienne.
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L'édit de Dioclétien (245-313) nous renseigne sur les charges utiles portées :
- un chameau porte 200 kg.
- un mulet porte de 120 à 150 kg.
- un âne porte 80 à 100 kg.
- un porteur 40 kg.
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Le convoi
Le sujet de l'alimentation des membres d'un convoi (hommes et surtout animaux) est, vous allez le constater, fondamental.
Si il existe un risque de ne pouvoir se ravitailler aux étapes
du parcours , il sera
nécessaire d'emporter dans le convoi, les quantités d'eau
et de nourriture suffisantes à l'autonomie.
Le fait d'être en mouvement va imposer un choix de consommables
simples à conditionner, transporter et conserver tels que
céréales, légumes secs, fruits et plus rarement
fromages et viandes.
Vespasien marchant contre les juifs - Flavius Joseph - Bruges 15ème siècle - propriété de la BNF
Prenons pour exemple une armée de 4 500 hommes composée
de 2 000 fantassins lourds, 2 000 fantassins légérs et
500 cavaliers.
Les cavaliers possèdent chacun deux montures et les fantassins lourds ont un équipement de 35 kilogrammes.
Le commandement de ce convoi doit impérativement savoir répondre aux questions suivantes :
- Combien de temps faudra t'il pour mettre en mouvement ce convoi ?
- Quelle sera la longueur du convoi ?
- Quelle devrait être la vitesse de progression ?
Pour procéder à ces calculs, nous ne prendrons en compte
que le transport du matériel collectif minimum, de l'eau et
de la nourriture.
Le matériel est composé des tentes pour bivouacer (tentes
de dix pour les fantassins, de cinq pour les cavaliers, en cuir ou en
lin d'un poids 50 kilogrammes avec les pieux).
La nourriture pour les hommes s'élève à 1
kilogrammes/jour et celle des chevaux à 30 kilogrammes de
fourrage/jour pour les chevaux de trait et 10 kilogrammes/jour pour les
chevaux de selle.
L'eau pour les hommes (2 litres/homme/jour) et l'eau pour les chevaux
(30 litres/cheval de trait/jour et 10 litres/ cheval de selle/jour).
Ces produits sont transportés au moyen de chariots de type
tombereau, chargés avec 500 kilogrammes et tirés par un
cheval.
Iconographie issue du manuscrit The Hague Normandie 1180 - propriété "Koninklijke Bibliotheek" Pays-Bas
Ceci donne :
Tentes
400 tentes de fantassins et 100 tentes de cavaliers = 25 tonnes.
Eau (autonomie de trois jours)
- Hommes = 27 tonnes
- Chevaux = 105 tonnes
Nourriture (autonomie de trois jours)
- Hommes = 13,5 tonnes
- Chevaux = 105 tonnes
Ce qui fait en nombre de chariots
- Tentes = 50
- Eau hommes = 54
- Eau chevaux = 210
- Nourriture hommes = 27
- Nourriture chevaux = 210
TOTAL = 551 chariots (dont les 3/4 uniquement pour l'alimentation des chevaux).
En terme de longueur de convoi (cinq mètres pour les chariots,
trois mètres pour les chevaux de selle à deux de front et
1,5 mètre pour les fantassins à trois de front.
Le convoi s'étire sur 6 255 mètres.
Si les fantassins lourds se
déchargeaient ne serait ce que de 20 des 35 kilogrammes de leur
équipement, il faudrait rajouter 80 chariots au convoi et
rallonger la colonne de 400 mètres. Il faudrait de plus emporter
l'eau et la nourriture nécessaire à ces 80 chevaux de trait supplémentaires !
Mise en mouvement du convoi :
Si l'on compte 4 secondes entre le moment ou un chariot commence
à bouger et le moment ou le suivant se meut également, si
l'on considère 2 secondes entre le moment ou un rang de
fantassins part et le moment ou le suivant se met en mouvement et si
l'on considère 2 secondes entre le moment ou un rang de
cavaliers commence à partir et le moment ou le rang suivant
démarre ;
il s'écoule 1
heure 40 minutes entre le moment ou la tête du convoi part et le
moment ou la queue de ce même convoi pourra a son tour partir !
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L'expédition militaire d'octobre 1407 dirigée par
Antoine duc de Brabant contre Renaud IV duc de Gueldre - Serge BOFFA
"L'armée constituée par Antoine de Brabant va quitter
Bruxelles pour gagner la Meuse, distante d'environ 125 kilomètres ; ceci en en cinq jours. L'armée franchira
la Meuse après avoir traversé la ville de Maastricht
passage obligé du fait de son unique pont".
Antoine de Brabant et la requête qu'il adresse aux états de Brabant
En juin 1404, Antoine de Bourgogne devient, au nom de sa mère Margueritte de Male, gouverneur du duché de Brabant.
A la mort de la duchesse Jeanne, en décembre 1406, il est choisi par les Etats de Brabant comme nouveau duc.
Moins d'un an plus tard, le 25 août 1407, Antoine rassemble les
trois Etats de Brabant à Bruxelles et leur demande de le servir
avec une grande compagnie d'hommes d'armes et de le suivre pour une
destination qu'il désire encore garder secrête.
Les députés des bonnes villes de Brabant refusent de le
servir (la raison pourrait en être le manque d'information sur le
but de l'expédition ou l'attitude autoritaire que semble avoir
adopté le nouveau prince, ce qui aurait pu toucher la
susceptibilité des Etats de Brabant.
Par contre la noblesse accepte de suivre Antoine dans son entreprise.
Donc en octobre 1407, Antoine réunit une puissante armée
et s'en va combattre (on le saura par le suite) l'ennemi
éternel, le duc de Gueldre. Ce dernier n'ayant toujours pas
désiré reconnaître Antoine comme suzerain en lui
prêtant les hommages de coutume.
En moins d'un mois, Antoine constitue une armée
hétéroclite mais puissante, composée de
brabançons, d'hommes d'armes français et de milices
d'Anvers et de Bois-le-Duc.
On peut penser, ce que l'absence de documents confirme, qu'aucun
impôt de guerre ne fut levé à cette occasion.
La marche vers la Meuse
Le 3 octobre au matin, l'armée quitte Bruxelles et arrive le
soir à Louvain distante d'environ 35 kilomètres.
Le 4 octobre, l'armée rejoint Louvain à Diest, soit un parcours d'environ 30 kilomètres.
Le lendemain l5 octobre ; l'armée parcours à nouveau
environ trente kilomètres pour arriver à Diepenbeck.
Le 6 octobre, l'armée s'arrête à Vlijtingen, soit 19 kilomètres.
L'armée arrive le lendemain devant Maastricht distante de 10 kilomètres.
Les prépartifs dans Maastricht en prévision de sa traversée par l'armée
Les troupes brabançonnes recoivent l'autorisation de passer par
Maastricht afin d'y franchir l'un des rares ponts qui enjambent la
Meuse.
Maastricht est restée neutre vis à vis des querelles et
conflits qui animent la région (notamment celui existant entre
Jean de Bavière et la ville de Liège), mais le magistrat
de Maastricht tout en affirmant la neutralité de la cité
nomme quatre capitaines : Godonoel d'Elderen, Thierry seigneur de
Noberlingen, Jean de Ciney seigneur de Guitrode et Henti Bovier
lesquels avec l'aide de deux bourgmestres Antoine Yserman et Ernoul de
Here sont chargés d'organiser la défense de la ville.
Les bourgeois sont armés et des rondes de surveillance sont instaurées.
Pour éviter tout désordre et pillage lors du
défilé des soldats, on remet en vigueur une ordonnance
rendue en 1397 à l'occasion du passage des troupes de la
duchesse de Brabant lors de la seconde guerre de Gueldre.
D'après cette ordonnance, les portes et les tours de l'enceinte
sont garnies d'archers et d'artilleries, les compagnies communales se
tiennent sur les remparts aux postes qui leur sont assignés par
les capitaines chargés de la défense ; et les
métiers en armes sont placés dans les rues et sur les
places publiques que doivent traverser les troupes.
Dans toutes les autres rues, des chaines sont tendues afin d'en interdire l'accès.
Et, pour plus de sécurité, on ne laisse entrer dans la ville qu'un seul détachement à la fois.
Il doit d'abord être sorti par la porte de Wyck avant qu'on ouvre
à nouveau la porte de Tweebergen pour en recevoir un autre.
Il ne faut pas laisser entrer plus d'hommes de guerre que les forces de
la ville ne sauraient en maitriser. Ces détachements sont
encadrées à l'avant et à l'arrière par un
des quatre capitaines maastrichtois.
La tarversée de Maastricht
Le samedi 8 octobre, les premiers hommes d'armes entrent dans Maastricht.
Selon les chroniqueurs, le premier jour de cette longue parade, plus de
trois cents voitures chargées de vivres et de matériel de
guerre entrent dans la ville et elles sont suivies par deux
détachements d'environ milles hommes chacun.
Le lendemain, du matin jusqu'en début d'après-midi, les
hommes d'armes du duc défilent sans discontinuité et
empêchent le bon déroulement de toute autre
activité.
Le troisième et dernier jour, le défilé reprends
et c'est encore du matin jusqu'au soir que les troupes d'Antoine
traversent la ville.
Convoi en ville - 16ème siècle - propriété de la B.M. de Lyon
Nous ne connaissons pas l'importance exacte de l'armée qui
accompagne Antoine de Brabant. Les comptes nous apprennent que
l'escorte d'Antoine comptait 2 900 chevaux. Ce chiffre est
élevé et fort probablement, tous ces chevaux
n'étaient pas montés.
Si l'on tentait une extrapolation
(peut être discutable) basée sur le fait que le convoi est
réparti de manière uniforme entre les chariots et les
hommes et en calculant sur les bases des données du 8 octobre ;
celà conduirait à compter un effectif total de 750
chariots et 5 000 hommes. De même si l'on estimait un seul cheval
monté sur quatre, cela nous amènerait à environ
700 cavaliers (P. Rudrauf).
Est-ce l'importance de l'armée Brabançonne qui rend la
traversée de Maastricht si longue, les mesures draconiennes
prises par le magistrat de la ville pour éviter tout
débordement de la part des hommes, ou l'obligation de passer sur
un seul et unique pont ?
Quelle que soit la raison, cette manifestation a dû fortement
impressionner les habitants de la ville ainsi que les seigneurs des
régions avoisinantes.
L'issue de l'expédition
Renaud IV, duc de Gueldre fini par comprendre qu'il est la cible
du duc de Brabant et craint tant pour sa sécurité que
pour celles de ses terres, car la soudaineté de l'attaque et
l'importance de l'armée qui s'apprête à envahir son
duché l'empêche d'organiser sa défense.
Il envoie des ambassadeurs chargés des pleins pouvoirs pour négocier une paix à n'importe quel prix.
Le prix sera notamment de rendre les hommages à Antoine de
Bourgogne et également de lui payer une somme de plusieurs
milliers de couronnes en or frappées par le roi de France ou en
autre monnaie d'or.
On peut penser qu'une partie de ce montant servira à payer les
nombreux hommes de guerre qui l'ont accompagné ainsi que les
nombreux moyens matériels et logistiques mis en oeuvre.
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Le réseau routier antique en forêt de Rambouillet - Gilles Becq
Il a été souvent reproché aux archéologues
de s'être peu intéressés aux ouvrages routiers
postérieurs à l'empire romain ; mais c'est surtout dans
un environnement bien spécifique qu'ils ont
négligé la recherche des routes : le milieu forestier,
où les techniques modernes ne sont pas d'un grand secours (la
photographie aérienne est inopérante) et où les
repères habituels sont rares, voire inexistants (bornes
milliaires, calvaires, chapelles, maladreries et surtout toponymes,
chaussée, "perré", "chemin ferré", que l'on trouve
en plaine.
Pourtant, depuis une vingtaine d'années, des recherches
ponctuelles ou systématiques ont permis de localiser un grand
nombre de vestiges d'occupation en forêt à toutes les
époques. Il est raisonnable de penser que le réseau de
communications, routes ou simples chemins, a suivi l'évolution
du peuplement de la forêt et a répondu à ses
besoins durant près de vingt siècles.
La forêt de Rambouillet reste cependant encore floue sur la carte
routière régionale, au point que sa traversée par
des routes dont l'antiquité est établie , demeure
incertaine : en particulier le chemin de Blois, route de la
vallée de la Loire à la vallée de la Seine, que
l'on perd près de Rambouillet, et la route de Paris à
Dreux, qui, passé Jouars, offre plusieurs trajets possibles en
direction de Dreux (la distance indiquée par l'itinéraire
d'Antonin est de 22 lieues gauloises, soit environ 49
kilomètres).
Des prospections ayant pour but de rechercher et préciser le
réseau routier dans la forêt de Rambouillet, et de mieux
le situer dans ce contexte, ont été menées depuis
quelques années, avec en outre le souci d'établir si
possible des critères chronologiques et
hiérarchiques pour les structures relevées.
Il est rare en effet de trouver un objet pouvant fournir une date de
construction en effectuant une coupe dans le corps de la
chaussée, et pour ce qui est de la catégorie (on dit
aujourd'hui vicinale, départementale ou nationale), la largeur
et la présence ou non d'empierrement ne sont pas
déterminantes.
Afin de limiter les surfaces (considérables) à
prospecter, des points de passage délicats ont été
explorés en priorité : gués, fonds humides, fortes
pentes, crêtes, qui ont fait l'objet, en général,
d'aménagements particulièrement soignés :
déblais ou remblais, empierrement, agglomérats formant
ballast.
Plusieurs modes de construction ont été mis en
évidence, dont l'un paraît représenter
l'archétype gallo-romain régional (mais également
connu un peu partout sur le territoire de la Gaule : c'est un
empierrement dont la surface de roulement bombée est
constitué d'un hérisson de pierres plates posées
de chant, maintenu par deux bordures latérales de pierres plus
volumineuses placées longitudinalement.
Ce procédé est généralement attribué
aux ingénieurs romains, quoiqu'il n'existe pas de preuve qu'il
n'ait été copié ultérieurement ; les XVIe,
XVIIe, XVIIIe siècles en ont fait usage, avec des adaptations
plus ou moins heureuses : le hérisson était
disposé longitudinalement et présentait de ce fait une
tendance à l'écrasement due à l'effort
exercé par les roues de chariots, au contraire du
hérisson transversal qui répartit mieux les charges.
Les routes possédant hérisson recensées
jusqu'à présent dans le sud des Yvelines sont au nombre
de quatre.
1) la plus impressionante est la route de Jouars à
Chartres, déjà mentionnée ou décrite
plusieurs fois ; elle présente une remarquable unité de
construction depuis le poteau de Montavale, actuel carrefour du comte
de Toulouse, jusqu'à proximité de Guiperreux, où
elle franchit la Guesle en direction de l'éperon barré
d'Epernon. Sa largeur entre les bordures relevée dans la coupe
30, VIIe série, est de 6,20 m ainsi que dans les coupes 6-7 de
la XIIe série ; ces deux points respectivement situés
à Saint-Léger et à Guiperreux sont distants de 8
km.